"Arrête! C'est ici l'empire de la mort"


Alors ça y est...
Vous avez décidé de franchir le seuil ultime ...
Vous vous teniez, il n'y a pas quelques secondes encore, devant cette porte magistrale ornée de cette phrase explicite.
Vous étiez prévenu, mais votre curiosité aura eu raison de votre prudence.
Vous y êtes maintenant.

Ah non !
Vous n'allez pas faire demi-tour !

De toute façon, je sens déjà que vos pas vous guide vers les ténèbres apaisantes du fin fond des carrières de Paris.
Mais n'allez pas trop vite.
Permettez moi de vous donner quelques explications...


Car Paris ne s'est pas faite en un jour . . .

Lutèce, c'est l'île de la cité et l’île Saint-Louis.
Et pour construire la cité, il a bien fallu prendre la pierre quelques part.
Vous y êtes nous sommes dans le négatif de la ville; et je ne parle pas de notre niveau au dessus du sol parisien.
Nous nous baladons dans l'empreinte de l'Histoire de Paris.
Nexus, un Cataphile de renom, a réalisé de très bons plans qui montrent l'évolution des carrières de Paris à travers les siècles.

Au XIIème siècle, 
Les carrières s'étendent surtout au sud de Paris.

Au XIIIème siècle, 
Ces petites initiatives individuelles que sont les carrières se multiplient.
On trouve de plus en plus de carrières au sud.

Au XVème siècle, les carrières s'étendent sans contraintes.

Au XVIème siècle, Paris s'étend sur ses carrières.
La chose est sans gravité, pour le moment ...

Au XVIIIème siècle,
Paris s'étend sur ses carrières. 
Le drame arrive.
Un quartier s'affaisse, le roi crée l'Inspection (Générale) Des Carrières par décret royale le 24 avril 1777.

L'IGC existe toujours, et pour cause ! Paris est un veritable gruyère, comme le montre cette carte des carrières au XIXème siècle.



De la technique

La facilité aura voulu que jusqu'au moyen âge, les exploitations en carrières se fassent à ciel ouvert.
En outre, la production de ces carrières suffisait à alimenter les chantiers de la capitale.

Par la suite, la technique va évoluer.
L'on ouvrira de vastes cavages dans les anciennes carrières à ciel ouvert afin d'exploiter de veritable dédales.
La technique utilisée sera celle du pilier tourné.
L'on laisse au cours de l'exploitation de gigantesque colonne de roche assurant la stabilité du ciel.

Au XIIIème siècle, alors que les carrières à ciel ouvert commencent à manquer, vient l'heure des carrière à pente inclinée.
Veritable bouche vers le dessous, la descente se fait par une pente douce.

Au XIVème siècle, la place manque...
Vient la technique dite des "puits d'extraction".



Voilà, vous savez où vous mettez les pieds.
Comment ça il y a des ossements partout ?
Je vous trouve un peu tatillon...
Déjà sachez qu'il n'y a pas d'ossements dans toutes les carrières abandonnées de Paris.
Enfaîte je vais même être plus précis, il n'y en a que dans 1/800ème des galeries sous Paris.
Mais si la présence de ceux qui ne sont plus vous dérange laissez moi vous rappeler votre engagement premier 
Vous avez franchis l'ultime seuil, rappelez vous...
La surface ? Oui, je vais vous la montrer, après tout la vue est pas mal depuis notre perchoir souterrain. 


De haut en bas, de bas en haut

Vous pouvez tout détruire, vous pouvez tout changer.
Vous pouvez tout repeindre, tout restructurer.
Vous pouvez mentir en haut.
Mais...
Vous ne pouvez pas changer ce qui gît sous le métro.
Sous Terre, nous sommes tous couvert de remblai.

Vous vous trouvez sous 25 mètres.
25 mètres de quoi ? Je ne saurais trop vous dire, de cables, de rails, de tuyaux, de gens ...
En tout cas voilà bien 25 mètres que les rayons du soleil se sont arrêtés.
Au dessus de nous c'est le ciel.
Au dessus du ciel c'est le RER.
Au dessus du RER c'est le métro.
Au dessus du métro, c'est les égouts.
Au dessus des égouts c'est les pavés.
Décidément, nous sommes mieux tout en bas de l'échelle.
En plus dans le remblai des carrières, on est tous égaux.
Et oui, comment distinguer un col blanc d'un bleu de travail quand on est tous couverts de calcaire?


Mes Data des Kata

Je vous propose de suivre un Cataphile.
Un Cataphile c'est un usager des "catacombes".
Enfin pas vraiment.
La définition officielle stipule, je cite :


"Est Cataphile, toute personne ramenant n'importe quel sujet de conversation aux Catacombes".


Et oui ... Même pas besoin de descendre dans les Catacombes pour être Cataphile.
Le Cataphile, c'est d'abord un passionné.
Il y a beaucoup de gens qui descendent en carrière sans être pour autant des Cataphiles.
Et il y a beaucoup de Cataphiles qui ne descendent pas tant que ça en carrières (j'ai connu des Cataphile à Tahiti!)
Bref, je ne vous ferais pas une étude sociologique voir ethnologique du Cataphile commun, cela pourrait être l'objet d'un article.

 

Je vous invite à suivre C. 
C. est un Cataphile imaginaire qui s'est passionné pour l'histoire des carrières en 2007.
Il vit en province où il est embauché comme agent d'accueil dans un office de tourisme toute la semaine.
Mais, le samedi soir, la métamorphose opère.
C. revêt sa combinaison verte, prend son gros sac de provisions et attrape un taxi pour prendre le dernier train qui file vers Paris.
A la gare, sa descente commence déjà...

1. Première descente

Nous sommes en 2009.
C. a entendu parler d'un accès aux Catacombes sur l'ancienne voie de chemin de fer abandonnée...

2. Le retour

Toujours plus loin.
Toujours plus longtemps.
Et surtout...
Toujours plus de risques !

3. La confirmation

Ya pas de diplôme de Cataphilie ...
Mais la première descente en solo, ça reste un événement marquant.
Tutoyer le diable Vauvert !


4. La Terre Promise

La vie d'un Cataphile est forcément marquée par une transhumance plus ou moins aléatoire vers la banlieue et ses carrières majestueuses.

5. Nouvelle vision

Au delà du parcours plus ou moins similaires des uns et des autres, il arrive un moment ou l'on se démarque.
Par obligations, par convictions, mais ça reste une chatière incontournable ... 

6. Rupture et continuité

Si C. devait faire un bilan de ces 8 ans de descente.
Si tout devait s'arrêter ...
Si tout devait recommencer ...