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Une découverte improbable lors du creusement d’un puits d’évacuation à Dollemard

Nous sommes en mai 1977.

Afin de faciliter l’évacuation des eaux de pluie vers la mer, la ville propose la construction d’une galerie et d’un puits pour rejeter ces eaux en pied de falaise.

En pointillés rouge, la galerie d’évacuation vers le puits ( source : PLU du Havre)

Il est prévue que la galerie mesure 70 mètres de long.

Nous sommes à la fin des années 70, donc il n’est pas question de maçonner un puits “à l’ancienne”.

C’est de manière moderne que l’ouvrage souterrain sera bâti.

Il s’agit dans un premier temps de creuser, puis de poser ce que l’on appelle des “voussoirs”.

Voussoirs souterrains (source : outils-cetu.fr)

Le puits vertical sera l’un des premiers à être creusés à l’aide de cette technique en France. Le diamètre de l’ouvrage est d’un peu moins de 3m.

La nature géologique du terrain aura vraiment posé problème.

C’est au cours du creusement du puits qu’un curieux événement va se produire, amenant M. Gérard Breton, alors directeur du muséum du Havre, à formuler une hypothèse surprenante.

A la manière des carriers d’antan, il aura fallu percer la terrible couche des “mourants” : ces bancs d’argile et de silex. Puis la craie tendre du Cénomanien apparaît. Le travail pour les ouvriers ne présente pas trop de danger pour l’instant. Mais vient la couche du Gault et ses argiles noires. Gorgées d’eau, elles inondent le puits et les ouvriers ont tout juste le temps de gagner la surface. Rapidement l’on met un système de pompage en place afin de poursuivre les travaux. Mais c’est alors que survient une difficulté d’un autre ordre : Ce qu’on appelle le Poudingue ferrugineux. Trop dur pour être extrait à la pioche et à la pelle, les ouvriers ont recours aux explosifs.

3m de poudingue ferrugineux plus bas, commence la couche des sables verts.

Le travail reprend.

Croquis de l’ouvrage d’évacuation des eaux de pluie basé sur un schéma de G. Breton (source : personnelle)

Contrairement à la couche de Gault imbibée d’eau, la couche des sables verts est tout à fait sèche. Ça et là se dégagent quelques pyrites, parfois fixées sur des gros morceaux de bois fossilisés. L’on y trouve également de la Chalcopyrite.

morceau de Chalcopyrite trouvée à Fond du Val (source : personnelle)

Bois fossile trouvé à Fond du Val (source : personnelle)

Revenons à notre puits.

Nous sommes à 52 mètres sous la surface…

Le 11 mai 1977 à 8h00, alors que les ouvriers viennent travailler, ces derniers découvrent une vaste poche de gaz. Cette dernière les prend littéralement “à la gorge”.

A 11h00 J. Moré et G. Breton descendent tout équipés de respirateurs.

Le gaz est légèrement “acidulé”, mais ne présente aucune autre caractéristique permettant de le détecter à l’odeur. C’est autant d’éléments aux yeux de G. Breton pour identifier le probable dioxyde de carbone.

A 14h00, la nappe de gaz a progressé de 3 m vers la surface, un appareil détecte plus de 6% de dioxyde de carbone !

Le lendemain à 8h30, la nappe fait 22 m d’épaisseur.

A 14h30 elle s’étend sur 42 m !

Une puissante ventilation est installée et le creusement est relancé le 26 mai.

M. Breton estime qu’il s’est dégagé 250m3 de gaz entre le 11 mai à 8h00 et le 12 mai à 14h30, c’est à dire un dégagement de 8.2m3/h

Le gaz sera analysé et montrera qu’il ne comportait pratiquement pas d’oxygène.

CO2 (dioxyde de carbone) : 11.7%

02 (oxygène) : 2.3%

N2 (diazote) : 86%

Si la pression atmosphérique est en grande partie responsable de l’élévation de la nappe de gaz, elle n’explique ni l’origine, ni la nature de ce dégagement gazeux.

En effet, la pression atmosphérique ayant baissée sur la période qui nous intéresse, le gaz s’est littéralement fait happer par la surface. De plus, les sables verts sont partiellement constitués de fer, et ce dernier au contact de l’oxygène lors du creusement, s’est oxydé, ce qui explique peut être la pauvreté en oxygène de ce gaz mystérieux.

Néanmoins, M. Breton envisage une hypothèse bien plus surprenante et inattendue.

La production de dioxyde de carbone pauvre en oxygène au niveau des sables verts serait dû à la présence de micro-organismes souterrains.

Sortes de bactéries se nourrissant à la fois de ce que les infiltrations d’eau de la couche supérieur leur apporte, mais aussi en tirant de l’énergie du processus d’oxydation du fer présent dans la même couche des sables verts.

L’évacuation aujourd’hui (source : google earth)

Détail de l’évacuation (source : google earth)

C’est encore une histoire incongrue qui se cache sous nos pavés.

Le sous-sol havrais est encore bien mystérieux, et si aujourd’hui nous n’avons pas identifié ces curieux organismes souterrains, il demeure bien d ‘autre mystères à élucider.

Par exemple, de nombreux vestiges laissant penser que l’Homme de Néandertal a vécu au havre ont été trouvés. Mais lui … Jamais. Il doit être là pourtant.

Mais les souterrains du Havre sont mystérieux, et ne livrent pas leurs secrets facilement.

Ce sont des endroits dangereux : Qui sait… Le puits d’évacuation que Monsieur G. Breton a visité est peut être aujourd’hui plein de ce gaz dangereux qui aurait pu coûter la vie aux ouvriers qui creusaient le puits…

L’interieur de l’évacuation en pied de falaise en 2007 (source : personnelle)


Sources

-“Bulletin trimestriel de la Société Géologique de Normandie et des amis du muséum du Havre” (1978)

-personnelle

-Outils-cetu.fr

-PLU du Havre

-Google Earth

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